Les origines de l’intelligence émotionnelle
Deux mots qu’on a longtemps opposés : d’un côté l’intelligence, qui désigne la capacité à raisonner et à analyser ; de l’autre, l’émotion, qui désigne des réactions primaires souvent impulsives comme la peur, la joie, la tristesse ou la colère. L’intelligence émotionnelle, c’est précisément la capacité à assurer cette gestion des émotions et à agir en conséquence, en adoptant des comportements davantage tournés vers les émotions positives. La psychologie en a proposé plusieurs modèles depuis les années 1990.
L’étymologie du concept de l’émotion
Ce mot vient du latin e(x)-movere, qui signifie « mettre en mouvement ». L’émotion évoque donc littéralement le mouvement. Darwin décrivait déjà les émotions comme innées, universelles et communicatives. Le psychologue Paul Ekman en a identifié six de base, reconnaissables sur les visages dans toutes les cultures : la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût.
L’équipe et l’intelligence émotionnelle du leader.
La développer, c’est aussi mieux manager son équipe. Pour un leader, connaître ses émotions et en prendre conscience est le meilleur moyen de gagner en performance collective et en qualité de décisions. Nous utilisons des outils d’intelligence émotionnelle lors de nos ateliers de coaching d’équipe. Cela permet de rendre l’ensemble du groupe plus efficace, en donnant à chacun la possibilité d’exprimer ce qu’il ressent dans un cadre sécurisé.
Les différents modèles d’intelligence émotionnelle
Trois modèles dominent la psychologie de l’intelligence émotionnelle. Ils ne se contredisent pas : ils éclairent le même concept sous des angles différents.
Le modèle d’aptitudes de Peter Salovey et John Mayer
Peter Salovey et John Mayer, deux psychologues américains, sont les premiers à présenter ce concept dans une étude scientifique publiée en 1990. Pour eux, cette notion se situe au croisement des cognitions et des émotions : c’est une forme d’intelligence à part entière, à côté de la dimension cognitive. Leur modèle distingue quatre aptitudes : percevoir les émotions, les utiliser pour faciliter la pensée, les comprendre, et les réguler. Avec David Caruso, Mayer et Salovey ont ensuite conçu le MSCEIT, un test qui mesure ces aptitudes comme on mesure un QI.
Le modèle de Daniel Goleman et ses cinq composantes
Daniel Goleman, psychologue et journaliste scientifique, popularise la notion avec son livre « Emotional Intelligence », publié en 1995 et traduit en français sous le titre « L’Intelligence émotionnelle ». Il la décrit comme un ensemble de compétences qui aident chacun à reconnaître, exprimer, comprendre et gérer ses propres ressentis et ceux des autres. Goleman en distingue cinq :
- la conscience de soi : reconnaître ses émotions au moment où elles surgissent ;
- la maîtrise de soi : réguler ses réactions, en particulier sous pression ;
- la motivation : mettre son énergie au service de ses objectifs ;
- l’empathie : percevoir ce que ressentent les autres ;
- les aptitudes sociales : gérer les relations, influencer, coopérer, résoudre les conflits.
Pour Goleman, ces compétences pèsent plus lourd que le QI dans la réussite des dirigeants, une thèse qui a fait débat en psychologie. Chaque compétence, en tout cas, peut se travailler.
Le modèle de Reuven Bar-On et le quotient émotionnel
À la fin des années 1990, le psychologue Reuven Bar-On publie l’EQ-i, un questionnaire qui fait connaître la notion de quotient émotionnel. Selon lui, les personnes dotées d’un QE élevé réussissent généralement mieux face aux exigences et aux pressions de la société ; une déficience émotionnelle peut au contraire entraver la réussite, tant sur le plan personnel que professionnel. Son modèle, dit « mixte », mêle compétences émotionnelles et traits de personnalité.
Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle, concrètement ?
L’intelligence émotionnelle est la capacité d’une personne à identifier ses émotions, à les comprendre, mais aussi à percevoir celles des autres. Elle guide les choix et les décisions face à une situation donnée. Une personne émotionnellement intelligente est capable de :
- montrer davantage d’empathie,
- réguler ses émotions en toute situation,
- mieux gérer le stress en milieu professionnel,
- prendre des décisions plus justes, en tenant compte de ce qu’elle ressent sans s’y soumettre.
Elle nous aide à mieux nous connaître, afin de mobiliser nos capacités émotionnelles et intellectuelles au service de notre leadership. Elle contribue largement au bien-être, à la qualité des relations, à la performance et à la réussite, dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle.
L’intelligence émotionnelle au travail et dans le management
Le rôle du manager
Travailler les compétences émotionnelles du manager joue un rôle essentiel en entreprise. Celui qui perçoit la fatigue, l’inquiétude ou la démotivation de ses collaborateurs peut agir avant que la situation ne se dégrade. Son impact grandit : il gagne en influence, parce qu’il sait ajuster sa communication à chacun. Plusieurs études associent ce savoir-faire des dirigeants à l’engagement de leurs collaborateurs, au climat de l’entreprise et à la performance collective.
Stress, santé et prévention
La gestion des tensions fait partie de l’intelligence émotionnelle. Le Code du travail impose d’ailleurs à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés, ce qui inclut la prévention des risques psychosociaux. Apprendre à reconnaître sa peur, sa colère, sa tristesse ou sa joie, puis à les accueillir sans se laisser déborder, est un premier pas vers une meilleure qualité de vie au travail. L’impact sur l’absentéisme et la santé des collaborateurs est réel.
Recrutement et développement des talents
De plus en plus de directions des ressources humaines intègrent l’intelligence émotionnelle dans le recrutement et le développement des talents : entretiens comportementaux, évaluations à 360°, parcours de formation au leadership. Les talents les plus recherchés allient expertise technique et aisance relationnelle. Pour les ressources humaines, le but n’est pas de noter les émotions, mais de repérer et de développer la compétence relationnelle, celle qui fait la différence.
Test d’intelligence émotionnelle ou QI : que mesurer ?
Évaluer ce qui se passe dans l’esprit d’un professionnel ne se limite pas à ses capacités de raisonnement, mesurées par le QI. Les tests d’intelligence émotionnelle mesurent autre chose : la perception des émotions, leur régulation, l’empathie. Deux familles coexistent, héritées des modèles présentés plus haut : les tests d’aptitudes, comme le MSCEIT, conçus par des chercheurs en psychologie, et les questionnaires d’autoévaluation, comme l’EQ-i de Bar-On. Les seconds sont plus faciles à passer, mais dépendent de la lucidité de la personne sur elle-même. Dans tous les cas, un test est un point de départ pour la réflexion, pas un verdict sur la personnalité.
Peut-on développer son intelligence émotionnelle ?
Oui, et cela commence très tôt : l’enfant a besoin de découvrir ses émotions, et son éducation, sur ce plan, revient d’abord aux parents. Daniel Goleman s’est d’ailleurs intéressé aux écoles qui enseignent aux enfants la résolution des conflits, le contrôle des impulsions et les compétences sociales : il a contribué à lancer le mouvement de l’apprentissage socio-émotionnel, qui fait entrer ces compétences dans l’éducation.
Chez l’adulte, l’intelligence émotionnelle se travaille aussi, de manière très concrète. Dans le couple, c’est savoir écouter et se calmer ; au travail, c’est donner un retour constructif, accueillir un désaccord, garder son sang-froid dans une négociation. Le sujet est devenu un thème à part entière de la formation des managers et des soft skills : il n’est plus réservé à l’éducation des enfants.
Développer son intelligence émotionnelle
L'intelligence émotionnelle se travaille, à tout âge. Pour un responsable, plusieurs voies existent : suivre une formation à l'intelligence émotionnelle, apprendre à manager son équipe par l'intelligence émotionnelle, ou explorer le lien entre intelligence émotionnelle et analyse transactionnelle proposé par Claude Steiner. Au quotidien, tout commence par savoir maîtriser ses émotions dans les situations difficiles.
En équipe, le coaching d'équipe et l'équicoaching offrent un cadre sécurisé pour exprimer et réguler les émotions du groupe.
FAQ
Quelles sont les cinq composantes de l’intelligence émotionnelle ?
Selon Daniel Goleman : la conscience de soi, la maîtrise de soi, la motivation, l’empathie et les aptitudes sociales. Les deux premières concernent la relation à soi-même, les trois autres la relation aux autres.
Qui a inventé le concept d’intelligence émotionnelle ?
Deux chercheurs en psychologie, Peter Salovey et John Mayer, l’ont formalisé en 1990. Daniel Goleman l’a fait connaître du grand public en 1995, et Reuven Bar-On a popularisé l’idée de quotient émotionnel.
L’intelligence émotionnelle est-elle plus importante que le QI ?
Aucune étude sérieuse ne les oppose : les deux ne mesurent pas la même chose. Le QI prédit assez bien la réussite scolaire ; l’intelligence émotionnelle éclaire la qualité des relations, du leadership et de la gestion des tensions. Dans les métiers où l’on travaille avec et par les autres, elle fait souvent la différence.
Comment reconnaître une personne émotionnellement intelligente ?
Elle nomme de manière simple ce qu’elle ressent, garde son calme sous pression, écoute sans juger, reconnaît ses erreurs et sait dire les choses difficiles sans blesser. On lui fait confiance, et son influence vient de là.
Peut-on se former à l’intelligence émotionnelle ?
Oui. Une formation courte, fondée sur des mises en situation, permet de travailler la conscience de soi, la régulation et l’empathie ; le coaching individuel ou d’équipe prolonge ce travail dans la durée. Les ressources humaines peuvent l’inscrire au plan de formation.
Cet article a été rédigé par Marc Prager.

