La Suède, pionnière de l’éducation non violente
La Suède est le premier pays à inscrire l’éducation non violente dans la loi, dès 1979, suivie par la Finlande (1983), la Norvège (1987), puis l’Autriche, le Danemark et l’Allemagne. La lenteur de la France à interdire les châtiments corporels n’a donc rien d’une surprise : ceux-ci reflètent une distance hiérarchique importante entre l’autorité et l’enfant.
Comment mieux manager mes collaborateurs dans différents pays ?
Il n’est évidemment pas question de distribuer des châtiments corporels à ses équipes mais de sanctionner dans le cas de fautes. C’est toute la difficulté de la communication interculturelle. Dans certaines cultures, elles seront plus facilement tolérées que dans d’autres. Avec le Management Interculturel et éducation, j’inviterais donc un manager français qui s’expatrierait par exemple en Russie à ne pas hésiter à être exigeant et plus dur avec les fautes dans son équipe.
Conseils du coach interculturel
Si vous êtes Russe ou issu d’un lieu où l’indice de distance hiérarchique est élevé, soyez très prudents sur la façon d’exercer le pouvoir dans votre nouvelle équipe en Scandinavie. À l’inverse, si vous venez d’un où l’indice est faible ou si vous vous sentez proche des styles de management exercés dans les pays scandinaves, soyez vigilants à montrer plus d’autorité lorsque vous allez dans un état où la distance hiérarchique est nettement plus élevée (Russie, Chine).
Quel est le risque pour ce manager français expatrié en Scandinavie ?
Si ce même manager français prend la tête d’une équipe scandinave, il devra au contraire faire l’inverse. En Scandinavie, avoir du leadership, c’est adopter une « posture basse » et cultiver l’empathie. L’un de mes amis danois, directeur d’une grande brasserie, résumait ainsi sa façon de diriger : « I am just one of the guys ». Il serait surprenant qu’un tel manager accepte un mode de management dur, ou qu’il soit favorable aux châtiments corporels envers ses enfants.

Le général français Bernadotte en a fait l’expérience lors de son règne en Suède, il y a plus d’un siècle déjà. Les méthodes qui produisent de bons résultats en France ne se transposent pas telles quelles en Scandinavie, sous peine de rejet.
Différence culturelle : l’exemple d’une professeure russe vivant en France
J’ai un jour repris des études de langues, inscrit en Master de langues étrangères anglais-russe. Les enseignants étrangers y étaient nombreux, à l’image de ma professeure de grammaire russe.
Exemple d’impact de management interculturel sur l’éducation :
Un jour, un peu de brouhaha s’installe pendant le cours de traduction — rien de bien surprenant à mes yeux. L’enseignante avait une trentaine d’années, dix de moins que moi, quand le reste de la classe avait plutôt dix ans de moins qu’elle. Malgré son jeune âge, sa façon de nous reprendre m’a marqué. D’un ton sec, elle a lancé : « maintenant ça suffit, vous prendrez la parole quand vous y serez invités, et uniquement à ce moment-là ». Ce recadrage autoritaire lui semblait parfaitement naturel.
Quelles conséquences pour le cours ?
La classe n’a guère réagi : la moitié des étudiants étant russes, ils ont entendu et accepté le message sans broncher. Plus proche du style de management scandinave, j’avais bien sûr envie de protester, mais j’ai vite compris que je n’obtiendrais le soutien de personne. Je suis convaincu que les collaborateurs russes adoptent la même attitude en entreprise, tout comme le contribuable russe face à l’administration fiscale : les incohérences, voire les injustices fiscales, y sont nombreuses, et pourtant acceptées.
Que faut-il en conclure ?
J’y ai reconnu un degré élevé de l’indice de distance hiérarchique dans le rapport de cette enseignante à ses élèves, révélateur de la manière dont l’autorité s’y exerce. C’est précisément ce que mesure l’indice de distance hiérarchique du modèle de management interculturel d’Hofstede. Je suis certain que dans une situation comparable, un professeur venu d’un pays à indice plus faible que la Russie aurait réagi tout autrement. Cette anecdote montre comment un dirigeant d’entreprise russe peut recadrer ses collaborateurs de façon directe, et que cela reste parfaitement accepté — un fondamental à connaître pour faire du business avec la Russie.
Conseil pour améliorer la communication interculturelle
Je conseille aux managers français expatriés en Russie de ne jamais paraître trop « mous » avec leurs équipes. Exercez l’autorité sans complexe. Cela passe aussi par le vocabulaire : les Russes ne parlent pas de « collaborateur », mais emploient le terme подчиненный (podtchinennyï), qui signifie « subordonné ».
N’attendez pas de vos subordonnés qu’ils prennent des initiatives d’eux-mêmes : c’est vous qui dirigez l’équipe. Imposez votre style sans chercher à plaire à tout le monde.
Que retenir des différences culturelles France-Russie en management interculturel et éducation ?
Avec un indice de 93 pour la Russie, cette façon de s’adresser aux étudiants — même en master — n’a rien d’exceptionnel. Ceux qui ont eu la chance d’étudier à l’étranger mesureront combien une telle attitude détonnerait dans les grandes universités anglo-saxonnes ou scandinaves, où l’échange informel prévaut, même si le tutoiement n’existe pas dans la langue de Shakespeare.
Cet article a été rédigé par Marc Prager.
À lire aussi




