1 L'indice de distance hiérarchique
Cette dimension concerne le rapport au pouvoir. L’indice de distance hiérarchique définit le degré d'inégalité que les salariés attendent et acceptent. Lorsqu'il est faible, la distance hiérarchique est réduite entre les salariés et la direction générale. Cela donne des organigrammes avec peu d'échelons hiérarchiques. Dans les pays scandinaves, le patron se considère souvent comme un membre de l'équipe parmi d'autres.
2 Le contrôle de l'incertitude
Cette dimension mesure la tolérance des membres d'une société face à l'ambiguïté et à l'incertitude : c'est l'Uncertainty Avoidance Index, ou indice d'évitement de l'incertitude. Là où il est faible, comme dans les pays anglo-saxons ou en Inde, les individus sont à l'aise avec l'imprévu. Là où il est élevé, comme en France ou en Russie, les sociétés combattent l'incertitude en mettant en œuvre des stratégies pour la réduire.
Les principes du management interculturel
Le management international prend en compte les diversités culturelles de chaque équipe. Les travaux d'Hofstede restent, à mon avis, les plus intéressants : l'un de leurs atouts majeurs est la facilité d'accès à des données quantitatives. Dans son modèle à six dimensions, Hofstede fournit des scores pour plus d'une cinquantaine de pays.
Nous l'utilisons fréquemment lors de nos séminaires de management interculturel. Il permet aussi de renforcer la cohésion de l'équipe, et c'est un excellent outil pour organiser un team building avec une équipe multiculturelle.
Cet outil permet à chaque manager de développer ses compétences en management interculturel et de s'auto-évaluer. Il existe une version gratuite de ce modèle ; moyennant finances, on peut aussi accéder à des fonctionnalités plus avancées, comme la construction du profil d'une équipe interculturelle. Seule l'étude GLOBE de 2004, pilotée par Robert House, semble plus consistante encore — mais à un tarif nettement plus élevé.
3 L'individualisme et le collectivisme
Cette dimension concerne les liens entre l'individu et les membres du groupe : lorsqu'ils sont forts, on parle de communautarisme ; lorsqu'ils sont faibles, d'individualisme. Aux États-Unis, où l'indice d'individualisme est parmi les plus élevés au monde, chacun est censé s'occuper de lui-même, et de sa famille proche (parents, enfants, frères et sœurs) : la solidarité collective n'est pas au cœur du sujet. Le sort réservé au programme de réforme du système de santé « Obamacare » en dit long sur ce point : l'exécutif américain a pu revenir dessus sans grande difficulté, tant ce type de dispositif ne correspond pas vraiment à la culture américaine.

Le modèle de management interculturel nous apprend :
Dans les pays où l’individualisme est faible, il sera important d'investir du temps social avec vos clients avant de leur faire une offre. Ils n'achètent pas seulement un contrat ou une proposition technique, mais aussi une relation de qualité : ils veulent travailler avec quelqu'un en qui ils ont confiance. D'où l'intérêt de connaître le modèle de management interculturel d'Hofstede.

4 Masculinité et féminité dans le modèle de management Interculturel
Dans les sociétés où l'indice de masculinité est élevé, les valeurs de compétition dominent : les jeunes garçons y apprennent, au fil de leur éducation, à « ne pas pleurer comme des filles ». Dans les sociétés où cet indice est faible, on observe davantage de solidarité. Ainsi, dans les pays à indice de masculinité élevé, les rôles hommes et femmes restent peu interchangeables en entreprise. Parmi les pays aux scores élevés figurent le Japon, l'Autriche ou la Suisse. Parmi ceux aux scores faibles, c'est-à-dire à indice de féminité élevé, on trouve la Suède, les Pays-Bas ou la Russie.
La recommandation du consultant interculturel
En Russie, de nombreux postes élevés, en entreprise comme en politique, sont occupés par des femmes. La gouverneure de la Banque de Russie est Elvira Nabiullina. La présidente du Conseil de la Fédération (la chambre haute du parlement russe) est Valentina Matvienko : c'est le troisième personnage de l'État, l'équivalent de notre président du Sénat. Enfin, le monde des affaires russe compte deux milliardaires en euros (pas en roubles !) : Tatiana Kim (ex-Bakaltchouk, elle a repris son nom de naissance après son divorce), à la tête d'une société de e-commerce, et Elena Batourina, ancienne épouse du maire de Moscou, qui dirige un conglomérat immobilier.
5 Orientation long terme ou court terme
Cette dimension définit le rapport d'une société aux défis du présent et du futur. Dans les sociétés orientées court terme, les traditions et les normes sociales occupent le premier plan ; en contexte professionnel, elles font figure de référence, et le futur est parfois regardé avec suspicion.
À l'inverse, dans les pays à orientation long terme, l'approche est plus pragmatique : en entreprise, on regarde la part de marché et les profits sur la durée, et l'épargne y est généralement plus abondante. Le Japon, la Chine ou l'Allemagne affichent des indices long terme élevés. À l'opposé, dans les pays du Moyen-Orient, le court terme domine et le respect des traditions reste essentiel.
6 Plaisir ou retenue dans le modèle de management interculturel
Définition : le plaisir (indulgence, dans le texte original de Hofstede) correspond à la liberté que laisse une société pour la satisfaction des besoins liés au plaisir et à la joie. Sur le graphique, on observe un écart proche de 1 à 3 entre les Philippines et Hong Kong. Concrètement, les personnes de nationalité philippine se sentiront plus libres de fêter, de célébrer et de profiter du temps présent, quelle que soit leur condition sociale — plus libres, par exemple, que leurs employeurs chinois de Hong Kong (nombre d'entre elles travaillent comme employées de maison), pourtant bien plus aisés, mais laissant beaucoup moins paraître leur joie.
Si vous êtes plutôt sérieux, ce choc culturel peut vous surprendre. Certains diront « ça rigole beaucoup dans ce bureau ». Mais c'est avec la même légèreté que ces mêmes personnes accueilleront une mauvaise nouvelle ou une décision difficile, avant de retrouver rapidement leur bonne humeur pour continuer à travailler.

La recommandation du modèle de management interculturel
Dans une entreprise dont la culture affiche un indice de plaisir faible, les salariés se contenteront de peu. Certains se sentiront déjà « heureux d'avoir le poste » et n'oseront pas demander d'amélioration de leurs conditions de travail. C'est à vous, managers formés aux principes du management interculturel, d'aller vers eux et d'anticiper, pour évoquer comment améliorer leur poste. L'efficacité et la cohésion d'équipe s'en trouveront grandement renforcées.
Effectuer une formation au commerce international
Il n'est pas nécessaire d'intégrer une business school pour décrocher un master spécialisé, ni même un bachelor. Une formation de quelques jours aux fondamentaux des affaires internationales peut suffire, centrée sur les différences culturelles. C'est souvent lors d'une mobilité internationale que le manager découvre l'interculturalité : autant anticiper ce choc multiculturel en amont.
Cet article a été rédigé par Marc Prager.
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