Le management interculturel en Russie et la préparation des managers à l’expatriation?
Dans quelle mesure pouvez-vous considérer que le formateur en management interculturel s’est égaré du sujet initial qui était le modèle d’Hofstede et ses six dimensions ?
Le modèle d’Hofstede permet de segmenter six dimensions du management interculturel en Russie afin de mieux comprendre les cultures d’autres pays. Par extension, il est applicable aux comportements en entreprises. Il peut être utilisé pour la formation des managers pour les préparer à l’expatriation.
Quels enseignements pour comprendre le management interculturel en Russie ?
Ainsi, le peuple russe pensera qu’il est normal que le président, et les figures d’autorité en général, dispose d’avantages divers. La vision occidentale du pouvoir « absolu » du président Poutine correspond souvent à une approche « tsariste » de la gestion de l’État. Le chef, le président, le directeur ont tout pouvoir sur leurs subordonnés, leurs sujets, leurs vassaux. Quoi de plus normal ? Les inégalités existent.
Qu’est-ce que l’indice de distance hiérarchique ?
L’indice de distance hiérarchique définit l’attente et le degré d’acceptation des individus situés en bas de « l’échelle sociale » des inégalités dans la société.
Donc, plus l’indice est élevé, plus les individus acceptent les inégalités dans les entreprises ou dans la société en général. Sur le graphique précédent, nous voyons que c’est en Russie que l’indice est le plus élevé.
Dans les pays à indice de distance hiérarchique élevé, les gens d’en bas seront acceptants. Dans les pays à indice faible, comme en Scandinavie, les « gens d’en bas » seront opposés à ces inégalités et ne cesseront de les combattre.
Connaissez-vous Hofstede ?
Geert Hofstede, anthropologue néerlandais, fut le premier à conceptualiser le management interculturel.
L’apport majeur de ses travaux tient à la qualité de leurs recherches quantitatives.
Il a étudié plus de 80 pays, ce qui en fait à mon sens l’un des meilleurs experts en communication interculturelle.
Qui est cet homme et surtout qu’a-t-il fait ?

Et celui-là, en quoi est-il différent ?

Vous l’aurez deviné à la légende : il s’agit du même homme, photographié à l’extérieur puis à l’intérieur d’une prison.
Mikhaïl Khodorkovski fut emprisonné en octobre 2005 à Krasnokamensk, en Sibérie, à plus de 6 500 km de Moscou. Il y passera dix ans de sa vie.
Cette condamnation pour fraude fiscale, rendue dans un contexte politique pour le moins subjectif, peut sembler injuste.
Hofstede nous aide à comprendre pourquoi ces dix ans de prison ne posent pas problème aux Russes
Le lien avec la gestion des impatriés et des expatriés occidentaux en Russie n’est peut-être pas immédiat. Il existe pourtant bel et bien.
Alors, comment le modèle d’Hofstede permet-il d’interpréter cet épisode ?
Quand on observe l’indice de distance hiérarchique en Russie, on constate qu’il figure parmi les plus élevés au monde :

Cela signifie que la population russe accepte des inégalités bien supérieures à celles tolérées dans les pays occidentaux, et très nettement supérieures à celles des pays scandinaves.
Prenons un exemple de management interculturel en Russie
L’incarcération d’un homme d’affaires perçu comme peu scrupuleux en Occident satisfait une partie de l’électorat.
Une condamnation à dix ans de prison reposant sur des fondements juridiques « limités » relève cependant d’un autre registre.
Dans ces mêmes pays occidentaux, et en Scandinavie tout particulièrement, elle aurait déclenché des vagues de protestation bien plus importantes que celles observées en Russie.
On lit d’ailleurs souvent dans la presse occidentale : « pourquoi les Russes ne se soulèvent-ils pas ? »
Mais se soulever contre qui ? Contre les dirigeants politiques ? Contre le régime ?
La question ne se pose guère avec un indice de distance hiérarchique à 93 : le degré d’acceptation des inégalités par les Russes qui ont le moins de moyens et de pouvoir reste très élevé.
Ils acceptent, voire attendent ce type de mesures. C’est ancré dans leur culture.
Cet article a été rédigé par Marc Prager.
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