Une grande stabilité politique en Russie
Moscou a longtemps été considérée comme l'une des capitales les plus stables parmi les pays émergents. Qu’est-ce qui pourrait empêcher le président Vladimir Poutine de terminer son quatrième mandat en 2024 comme prévu ? Où se situait alors l'opposition structurée au président de la Russie ? Nulle part.
Des risques politiques quasi inexistants.
Pour qu'il y ait un risque politique, il faut d'abord une opposition structurée. Celle-ci est longtemps restée quasiment absente sur la scène russe, malgré les figures que certains observateurs occidentaux ont pu présenter comme des rivaux crédibles au pouvoir en place.
L'amélioration de la fiscalité dans la Fédération de Russie.
La Russie vit un double paradoxe. D'un côté, un taux d'impôt forfaitaire de 13 %, quels que soient les revenus, payé par l'employeur dans un système de prélèvement à la source : l'équivalent de notre impôt sur le revenu et des cotisations salariales réunis. Ce taux est resté stable pendant de nombreuses années, au point que la Russie a pu, pour les hauts revenus, faire figure de paradis fiscal.
D'un autre côté, la fiscalité des entreprises change, elle, très régulièrement. Le principal logiciel comptable russe, appelé « 1C » — à prononcer à la russe « odine essé » —, fait l'objet de mises à jour fréquentes pour suivre ces évolutions.
La Russie réussira-t-elle à taxer les GAFA ?
La Russie a instauré un taux de TVA sur les services électroniques, fixé à 16,67 %.
Il s'applique notamment aux services suivants :
- La fourniture de services d'hébergement et d'espace de stockage.
- La fourniture de noms de domaine.
- L'administration de systèmes d'information.
De quoi taxer Google, Amazon et quelques autres géants du numérique présents sur le territoire russe.
Quel bilan pour l'économie russe ?
À mon sens, il n'y a pas d'opportunité radicalement nouvelle. La relative stabilité politique amène les experts à des constats assez constants d'une année à l'autre : les mêmes causes produisent les mêmes effets. La rente des hydrocarbures demeure, et l'économie russe continue de dépendre à environ 70 % de ses exportations de gaz et de pétrole, auxquelles s'ajoute l'exportation de métaux précieux extraits sur son territoire.

La dépendance au prix du pétrole reste la principale source d'inquiétude. Le graphe ci-dessous montre la très forte corrélation entre le taux de change rouble-dollar et le prix du pétrole. Le prix du pétrole ayant nettement chuté au moment de la crise de Crimée, la valeur du rouble a été divisée par deux, ce qui a rendu les investissements en Russie plus compétitifs. En 2013, les approvisionnements en fruits et légumes des supermarchés de la région de Moscou provenaient encore à 50 % des pays d'Europe de l'Ouest ! Assez surprenant, quand on connaît la richesse de certaines terres russes au sud de Moscou.
Deux succès internationaux pour la Russie
La Coupe du monde de football organisée en Russie a marqué les esprits de nombreux amateurs du ballon rond. Elle a aussi marqué ceux des investisseurs, attentifs à la capacité du pays à réussir un événement international d'une telle ampleur.
Le risque économique de la coupe du monde dans la fédération Russie a été écarté :
Quels ont été les couacs dans l'organisation de ce tournoi ? Il n'y en a pas eu. Pas d'attentat non plus, et peu de risques que cela se reproduise en Russie. Aucune dégradation, aucun débordement lié au hooliganisme : les matchs se sont déroulés dans une excellente ambiance. Les retombées économiques ont été évaluées à 12 milliards d'euros, selon Alexeï Sorokine, responsable du comité d'organisation.
Le pont de la Crimée comme levier économique

Cet ouvrage a fait l'objet de critiques de la communauté internationale : d'une certaine façon, il ancrait un peu plus le rattachement de la Crimée à la Russie. Ce pont relie Kertch à la région de Krasnodar. Il s'agit à la fois d'un élément de propagande pour la puissance russe et d'une réussite certaine en matière de génie civil. Cela démontre la capacité des Russes à réussir de grands projets internationaux. Long de 18 km et construit pour la coquette somme de 3 milliards de dollars, le projet a démarré en janvier 2015 ; son inauguration, en mai 2018, a constitué un record de rapidité. Le pont précédent, celui de l'île, avait été réalisé dans la région de Vladivostok, avec le concours de plusieurs entreprises étrangères, dont Vinci, pour les haubans. Il ne mesure que 1,8 km, soit dix fois moins, pour un coût d'environ 900 millions d'euros.
Cet article a été rédigé par Marc Prager.

