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Faire du business en Russie

Faire du business en Russie

Quelles sont les différences interculturelles entre Français et Russes ? Cet article aborde les fondamentaux de la culture russe dans les affaires.

L'organisation du temps dans la communication interculturelle dans la société russe

La société russe est-elle orientée vers le court terme ou le long terme ? Selon Hofstede, elle est clairement orientée long terme. Quelles en sont les conséquences ? Dans les cultures à orientation long terme, les loisirs comptent moins que dans les cultures à orientation court terme. Les écarts économiques et sociaux n'y sont pas souhaitables. La recherche de l’atteinte d’un objectif à court terme n’est pas une préoccupation.

Le rapport au temps management interculturel

Il existe un temps monochronique dans les cultures occidentales, dont la France fait partie, et un temps polychronique dans les cultures asiatiques. La Russie se situe entre les deux : attendez-vous néanmoins à des tâches beaucoup moins structurées et séquencées qu'en France. Les Russes ont alors cette formule : « Давай завтра ». Elle signifie que l'on s'en occupera demain.

Quelles sont les habitudes des Russes par rapport au temps lors d'une réunion ?

D'une manière générale, les collaborateurs russes sont ponctuels. Qu'est-ce que cela signifie vraiment ? Pas grand-chose, dans la mesure où il s'agit d'un jugement relatif à un cadre de référence. Ayant passé la moitié de ma carrière à l'étranger, je n’ai pas trouvé les Russes plus en retard que les Français !

Les réunions commencent souvent par un premier échange informel destiné à établir la confiance. Entrer directement dans le vif du sujet, comme le font certains pays anglo-saxons, est mal perçu. Prenez le temps de demander des nouvelles des uns et des autres.

Cela me rappelle certains étudiants d'une grande école à Paris : moins de la moitié des participants étaient présents à 8h30, et il en manquait encore un tiers à 8h40. Je confrontais régulièrement les retardataires, qui avaient toujours une bonne excuse liée aux transports en commun. Cette attitude n'est pas acceptable.

En Russie aussi, certains collaborateurs évoqueront les difficultés liées aux transports publics : la faute au tramway, ou au métro. « L'autobus n°25 est en panne, voilà pourquoi je suis en retard ce matin. » Faire du business en Russie, c'est aussi comprendre ce qui arrive à son interlocuteur.

Le conseil du coach interculturel :

Il n'y a aucune raison culturelle de ne pas exiger une ponctualité rigoureuse de vos équipes. La Russie n’est pas le Moyen-Orient. Vos collaborateurs attendent aussi de vous, en tant que chef, d'être exigeant et de prendre les mesures nécessaires. Je vous invite à prendre connaissance de mon article sur l’indice de distance hiérarchique à ce propos.

L'importance des traditions en Russie

Certaines traditions sont importantes à connaître pour bien travailler avec vos partenaires russes. Je citerai d'abord les fêtes, ensuite l'importance du toast, ou plutôt des toasts, et enfin les cérémonies funéraires.

Comment porter un toast, pour réussir à faire du business en Russie

J'ai été très surpris par l'importance des toasts successifs lorsque je suis arrivé en Russie. Toutes les occasions sont bonnes pour porter un toast. Contrairement à une idée reçue, vous n'êtes pas obligé de vous enivrer : les Russes respecteront le fait que vous vous contentiez de goûter. Il y a en général une longue série de toasts ; profitez de chacun pour vider votre verre, car il est mal vu de boire entre deux toasts. Au fil d'un repas, il y en a suffisamment pour consommer tout l'alcool que vous voudrez. Préparez votre propre toast : vous pourrez le porter dans votre langue maternelle. Refuser de vous prêter à ce rituel pourrait décevoir l'assemblée. Les sujets les plus classiques restent les bienvenus : les enfants, l'entreprise, la nature, votre projet professionnel.

Ne soyez pas avare de compliments !

Les rites funéraires de l'orthodoxie russe

« Notre société évacue la mort, le mourant et le mort (…). Nous savons que les gens décédés ne reviendront jamais, qu'ils n'ont plus rien à nous dire et que nous ne pouvons plus leur demander affection, protection ou conseil. Notre deuil n'est plus enchanté ». Patrick Baudry, la place des mots. Voilà pour notre société.

En Russie, les choses sont bien différentes. Les cimetières sont construits en forêt, ou en bordure de forêt, et l'organisation des sépultures y est beaucoup moins structurée que chez nous. En revanche, le lien avec le défunt perdure : le deuil se déroule en plusieurs étapes. La première intervient trois jours après le décès — il faut ce délai avant que l'âme ne se sépare du corps, et l'on ne procède pas à un enterrement avant. La deuxième étape se situe à neuf jours, avec un rituel discret : selon la tradition, l'esprit revient alors dans la famille. La troisième, à vingt jours, est plus rare aujourd'hui. La dernière, la plus solennelle, se situe à quarante jours : l'esprit du défunt entame alors son ascension vers le ciel. On invite traditionnellement beaucoup de monde à la maison, et l'hôte y offre une nourriture abondante.

Le conseil du coach interculturel

Rien à voir avec le business en Russie, me direz-vous. Et pourtant : laissez-vous inviter à ces rites. C'est l'occasion de créer une relation unique avec votre interlocuteur. Ceci est un lien vers mon article sur la dimension individualisme collectivisme du modèle management interculturel d’Hofstede. Il précise l'importance de passer du temps social avec les cultures collectivistes.

Comment faire du business avec la Russie compte tenu de la diversité ethnique ?

La Russie est l'un des pays où la diversité de nationalités est la plus forte. Les philologues y recensent 14 familles linguistiques différentes, la principale, d'origine indo-européenne, incluant les Russes. De ces 14 familles découlent une centaine de langues parlées sur ce territoire, qui fait plus de 25 fois la superficie de la France.

Les Russes évoquent fréquemment la question de la nationalité, avec le mot национальность, que certains moteurs de recherche traduisent simplement par « nationalité ».

Attention, il s'agit plutôt de groupes ethniques, au sens où on l'entend en français. Sur ce concept, les Russes se rapprochent d'ailleurs, assez étonnamment, des Anglo-Saxons, avec une distinction entre « Nationality » et « Citizenship ».

La question des nationalités : un sujet sensible

Soyez très prudent lorsque vous évoquez la question des nationalités. Sur ce sujet, les Russes ont énormément de choses à raconter, parfois des blagues, pas toujours « politiquement correctes » au sens anglo-saxon du terme.

Soit vous êtes expert de l'histoire des nationalités en Russie et vous pouvez vous permettre le débat, soit vous ne l'êtes pas, et vous les écoutez respectueusement.

La dimension individualiste collectiviste dans la culture russe

Sur la dimension individualisme-collectivisme du modèle d'Hofstede, la société russe est nettement collectiviste. Cela ne vient pas de l'héritage soviétique : cette dimension interculturelle remonte, à mon avis, à l'époque des tsars — peut-être même aux origines de la Russie. Faire du business en Russie, à l'époque, c'était déjà prendre le temps du thé autour d'un samovar.

Sur le graphe Hofstede, la Russie se classe à l'opposé des grands pays anglo-saxons.

Définition de l'individualisme et du collectivisme en management interculturel

La notion de collectivisme renvoie à une société où les liens entre les personnes sont forts. Pour réussir en affaires en Russie, il convient donc d'être accepté sans réserve par ses interlocuteurs : le contrat compte, mais il ne fait pas tout ! Pour réussir vos développements en Russie, commencez par investir du temps dans les différents réseaux disponibles — une démarche incontournable. Entrer trop tôt dans le vif du sujet, dans une culture collectiviste, peut être perçu comme de la grossièreté. Gardez cette approche pour les pays individualistes, ceux qui affichent des scores supérieurs à 60 sur le graphe, notamment les pays anglo-saxons, où l'on vous demandera d'être « straight to the point ».

Quelle place pour les sanctions et les récompenses individuelles dans l'évaluation d'une équipe russe ?

Puisque la société est considérée comme collectiviste, mieux vaut ne pas fonder l'évaluation de la performance sur des critères individuels. Les salaires, en revanche, peuvent être individualisés : payez chacun à son juste niveau. Trop d'entreprises occidentales ont perdu des talents pour avoir mal évalué les salaires. Faire du business avec la Russie commence par se renseigner sur le salaire réel du marché.

Cet article a été rédigé par Marc Prager.