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Arrestation de C. Ghosn : le management interculturel comme principal suspect

L'arrestation de Carlos Ghosn vue par le management interculturel

Pour qui maîtrise les principes du management interculturel, l’arrestation du PDG de Nissan à Tokyo n’est qu’une demi-surprise. Pourquoi au Japon, et non en France ? À mon sens, la communication interculturelle offre un angle d’analyse particulièrement éclairant sur ce dossier.

Quels outils de Management Interculturel utiliser ?

Le modèle de management interculturel d’Hofstede permet au coach interculturel que je suis d’appréhender les organisations. Donc les questions de management et de gestion des équipes multiculturelles sont traitées de manière rationnelle afin de fluidifier les relations entre deux groupes issus de cultures différentes.

Hofstede et l’indice de distance hiérarchique

Le modèle de management interculturel d’Hofstede développe un premier concept : l’indice de distance hiérarchique. Il s'agit de la manière dont les personnes en bas de l’échelle sociale acceptent les inégalités et l’autorité. Concrètement, plus l’indice est élevé plus les personnes accepteront les inégalités.

Les notions de plaisir vs modération en management interculturel en Russie

La dimension « plaisir vs contrainte » (IVR) d’Hofstede nous informe que la satisfaction immédiate d’un plaisir n’est pas la priorité en Russie, où l’indice est faible (40). Là-bas, satisfaire un besoin peut attendre. Le peuple russe en général a toujours supporté beaucoup de contraintes. En management, vos collaborateurs viendront très rarement se plaindre de leurs conditions de travail. L’acceptation est plutôt la règle. Plus l’indice au sein d’une entreprise d’un pays donné sera élevé, plus ses salariés seront enclins à accepter les dérives de leur PDG.

Analyse des faits

Depuis son arrestation le 13 novembre, certains pensaient que la garde à vue de Carlos Ghosn était partie pour durer ; d’autres trouvaient déjà le feuilleton un peu long. Je ne prendrai parti ni pour les uns ni pour les autres — la question de sa culpabilité n’est pas mon sujet ici. Mon objectif est de proposer une analyse à la lumière de mon expérience du management interculturel.

En quoi les Japonais sont-ils différents ?

Ce que les employés de Nissan sont prêts à tolérer, ce qui se fait au Japon, diffère nettement de ce qu’accepteraient des Français, des Brésiliens ou des Libanais. C’est, à mon avis, un enseignement capital : on ne manage pas au Japon comme on manage en France ou au Brésil.

Pourquoi aller en prison ?

À en croire le modèle de management interculturel d’Hofstede, ce n’est pas une surprise. Même si ce modèle a des limites, il reste le plus efficace pour comprendre les questions interculturelles en entreprise. Au Japon, les faits reprochés sont perçus comme plus graves qu’ils ne le seraient en France. Arrête-t-on des PDG à leur descente d’avion dans l’Hexagone ? Je ne le crois pas.

Une expérience riche d’enseignement pour le manager interculturel ?

Au-delà de la médiatisation de l’affaire, quelques enseignements se dégagent. Si vous vous installez dans un pays où l’indice de distance hiérarchique est nettement plus faible (au moins 10 à 15 points d’écart) que dans le vôtre, des risques d’incompréhension apparaissent vite. L’acceptation des inégalités — et donc de votre statut de manager — y sera nettement plus faible, ce qui vous obligera à redoubler de prudence dans vos comportements managériaux. Ce qui fonctionnait dans votre culture d’origine ne fonctionnera plus nécessairement avec vos nouveaux collaborateurs. C’est le cas entre la France et le Japon, et c’est aussi, à mon avis, ce qui éclaire l’arrestation de Ghosn.

Recherches associées : différences culturelles, management interculturel, communication interculturelle.

Et Carlos Ghosn dans tout ça ?

Carlos Ghosn est le produit de trois cultures, dont il possède les nationalités : il a grandi, étudié et travaillé au Brésil, en France et au Liban. Pas simple, dès lors, de définir l’indice de distance hiérarchique auquel il se rattache.

Nous observons un net décrochage du Japon par rapport aux trois autres pays. C’est une différence en management interculturel qui est essentiel.
Nous observons un net décrochage du Japon par rapport aux trois autres pays. C’est une différence en management interculturel qui est essentiel.

Si l’homme est bien le produit de trois cultures différentes, celles-ci restent relativement homogènes en matière d’indice de distance hiérarchique, autour de 70 en moyenne. Au Japon, en revanche, cet indice tombe à 54 — un net décalage avec la culture de Carlos Ghosn.

Cet article a été rédigé par Marc Prager.

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