Pour qui maîtrise les principes du management interculturel, l’arrestation du PDG de Nissan à Tokyo est une demi-surprise. Pourquoi a-t-elle eu lieu au Japon et non en France ? À mon sens, la communication interculturelle constitue un angle d’analyse du dossier intéressant.

Depuis son arrestation 13 novembre dernier, certains pensent que la garde à vue de Carlos Ghosn est partie pour durer. D’autres au contraire trouvent le feuilleton un peu long. Je ne prendrai parti ni pour les uns, ni pour les autres, de même que la question de sa culpabilité ne sera pas le sujet. Mon but ici est de proposer une analyse à la lumière de mon expérience en management interculturel.

Quels outils de coaching interculturel utiliser ?

Le modèle de management interculturel d’Hofstede permet au consultant interculturel que je suis d’appréhender les organisations. Donc les questions de management et de gestion des équipes muticulturelles sont traités de manière rationnelle afin de fluidifier les relations entre deux groupes issus de culture différentes.

Hofstede et l’indice de distance hiérarchique

Le modèle de management interculturel d’Hofstede développe un premier concept : l’indice de distance hiérarchique, c’est-à-dire la façon dont les personnes en bas de l’échelle sociale attendent et acceptent les inégalités et l’autorité

Concrètement, plus l’indice de distance hiérarchique est élevé, plus les personnes en bas de l’échelle sociale accepteront les inégalités. Plus l’indice au sein d’une entreprise d’un pays donné sera élevé, plus ses salariés seront enclins à accepter les dérives de leur PDG.

Et Carlos Ghosn dans tout ça ?

Carlos Ghosn est le produit de trois cultures, dont il possède les nationalités. Il a en effet grandi,  étudié et travaillé au Brésil, en France et au Liban. Pas facile de définir l’indice de distance hiérarchique auquel il se rattache me direz-vous ?

Si notre homme est le produit de trois cultures différentes, elles sont relativement homogènes en termes d’indice de distance hiérarchique : autour de 70 en moyenne. En revanche, l’indice de distance hiérarchique est nettement plus faible au Japon (54). Il y a donc ici un décalage avec la culture de Carlos Ghosn.

En quoi les Japonnais sont-ils différents?

Ce que les employés de Nissan sont prêts à tolérer, ce qui se fait au Japon, est différent de ce que Français, Brésiliens ou Libanais accepteraient. C’est à mon avis un enseignement capital : il n’est pas question de manager au Japon comme en France ou au Brésil.

Quand sortira-t-il de prison ?

 À en croire le modèle de management interculturel d’Hofstede, ce n’est pas pour demain. Même si ce modèle a des limites, il reste que c’est le meilleur pour comprendre les questions interculturelles dans les entreprises. En l’occurrence au Japon les faits reprochés sont plus graves que si cela s’était produit en France. D’ailleurs arrête-on les PDG à leur descente d’avion dans l’hexagone ? Je ne le crois pas

Une expérience riche d’enseignement pour le manager interculturel ?

Au-delà de la médiatisation de cette affaire, quelques enseignements sont à tirer de cette histoire. Si vous vous rendez dans un pays où l’indice de distance hiérarchique est significativement plus faible (au moins 10-15 points d’écart) que le vôtre, il y a des risques d’incompréhension . Ainsi, vous devez savoir que l’acceptation des inégalités, et donc de votre statut de manager, sera nettement plus faible. Cela vous obligera donc à redoubler de prudence dans vos comportements managériaux. Ce que vous faisiez dans votre pays culture d’origine ne sera plus nécessairement possible auprès de vos nouveaux collaborateurs. C’est le cas de la France vers le Japon, et c’est aussi à mon avis ce qui explique l’arrestation de Ghosn au Japon.